Mercredi 31 octobre 2007
Camille,
Ce soir, promis, je te ferai un petit. Fort, robuste et serré tout contre toi. Un petit que tu pourras choyer de tes mains et de tes lèvres. D'un nuage de lait, tu pourras deviner l'ébène de ses grands yeux noirs. Le grain de sa peau, l'écorce de son âme en cerise. Parce qu'en un mot, je sais où je t'emmenerai: à Rome.
Ce soir, Camille, je serais ton Barista. Ta fontaine de Trevi dans l'express de nos amours enivrantes. Sans amertume, j'inventerai ton ventre rond. Les envies de moka, les baisers en bouche. J'inventerai son regard un peu mousse, ses larmes brûlantes et toutes les vapeurs d'ivresse d'un philtre magique entre nous. Soudain l'hiver viendra fondre sur le bout de la langue. Tu entendras la poudre crisser, fouettée par la neige autour de tes doigts. En deux coups de cuiller à pot, tu pourras vivre chaque traction d'un enfant de la balle. Camille, pour toi, j'irai griller d'impatience mes incertitudes. Moulu de fatigue, boire la tasse à la fontaine. Je t'imaginerai Anita Ekberg, en robe du soir dans la Dolce Vita. Et quand les nuits deviendront floues, j'irai jeter une dernière pièce, à souhait...
Pourrai-je encore tourner le dos à ta crème de beauté? Oublier les parfums et les nuances de tes sourires, l'atmosphère excitante de nos corps l'un contre l'autre? Mais peut-être suis-je resté bébé...Ce que j'aime est en toi. J'ai tout préparé. Les bougies, la lumière tamisée, la chambre et les heures du réveil au compte-gouttes. Cet instant émotionnel où nous fermerons doucement les yeux.
Ce soir, promis Camille, je te ferai un petit. J'inventerai une eau-de-vie romaine. J'irai chanter des gloria. Je sais les promesses de mariage, les Mazagran du matin cafardeux, les cafés borgnes d'autrefois. Aussi j'apprendrai tes bouffées de chaleur, les présages payés au marc quand de mes yeux, grands comme des soucoupes, je vous emmenerai sur le zinc du petit prince. Ce soir, promis, mon amour, je te ferai un petit...café italien.
Mais viendras-tu?...



par JONAVIN II publié dans : Les Coeurs Francs
ajouter un commentaire commentaires (12)    recommander
Samedi 6 octobre 2007

Près de moi, surgit l'ombre du cordon sanitaire. Mais l'infâme enceinte qui se dresse, refoule tout sentiment contagieux. Comme prendre la défense d'un enfant. Défense contre un corps étranger attendant le moment de la délivrance. Violenté par des passages à tabac, mon germe de vie se résume à presque rien. Je reste des heures, ainsi blotti dans l'infection permanente du crépuscule. Dans cette cavité exsudant des moiteurs d'angoisse où je me tourne les pouces. J'ai coincé ma bulle, prisonnier de la Montgolfie -  cette terre féconde, que les hommes sont venus défier. Et parce que le temps, ennemi, aime la victoire aux forceps, je m'abandonne soudain à l'ombilic du secret. Une caresse, un simple mot aurait pourtant suffit à mon bonheur. J'ai la nausée. Le feu qui couve sous la cendre me refuse déjà la maternelle. Un peu de son amour.
Le poids mort de la solitude entretient la mélancolie à l'approche de la quarantaine. Déjà maman ressemble à cette frontière qui l'éloigne de son âge. A cette charge lourde qu'elle refuse d'instinct. Elle est l'isolement de son rêve avorté. La folie d'un ventre distordu qu'elle offre aux premiers venus. L'infâme enceinte ne pouvait s'entendre avec sa haute-fidélité. Face aux beaux et hauts-parleurs, un diaphragme en lambeaux, un travail à la chaîne et finalement, ce maudit filtre de coupure où crachote encore la méchante aiguille. Il fallait croire à l'envie. Prendre le temps de me construire, vivre de paire avec l'inconcevable. Attitude foetale, c'est tout mon corps qui flotte comme un duvet; mais derrière la membrane vibrante, je n'entends plus le son de sa voix. Je n'entends plus la pluie de ses larmes. Je n'entends même plus sa colère. Il y a une différence entre l'embryon d'une idée et le besoin de croire qu'elle peut parfois vous délivrer. Ainsi vont les choses, en gestation perpétuelle mais souvent tuées dans l'oeuf. Cette idée-là n'a pas pris naissance qu'elle accouche à terme. Contaminé par la maladie épidémique de ses mensonges. De sa traîtrise. De sa peur.
Doucement j'ai lâché pied. Pour arrondir mes derniers gestes. M'évanouir en fumée.  Je n'entends plus le battement de son coeur. Pourquoi? Maman?...
par JONAVIN II publié dans : Les Coeurs Francs
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander

Présentation

Recherche

Calendrier

Octobre 2007
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>
Blog : Journal Intime sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus