Jeudi 3 juillet 2008


Dieu soit loué.
Pour elle, je m'accorde toutes les confessions. Comme quand la nuit se cloître.
J'irai battre les sanctuaires, juste pour toucher son choeur. Elever en flèches, des édifices. Franchir tous les portails à m'en fendre les tympans. Et simplement fuir les portiques en chapelles ardentes, quand debout à son chevet, j'irai mendier sa flamme aux enfers.
Dans le vitrail de ses yeux, je veux bien me perdre. Dormir à l'autel de ses rêves. Suer les suaires, allumer les cierges, longer les parvis. Entre la nef entravée par les prie-dieu et le dôme du ciel qui porte en elle les étoiles en croix. Entre l'eau sainte et le buis bénit, juste être à la croisée de son destin. Tomber à genoux. Parler tout bas. Prendre sa main.
Parce que rien ne cloche. Parce qu'elle est ce trésor qui m'est chaire. Parce que du reste, je n'en ai cure. Parce qu'elle vole aux anges, ce rire cristallin. Cette douceur qui rend serein. Ce calme limpide. Parce qu'elle répond à mes prières...

Je ne me ferai pas prier pour le lui dire.
par Jonavin publié dans : Rétrospective
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Mardi 24 juin 2008

Tu n'es toujours pas réveillée. Comme toi, j'ai quitté la ville sépulcrale; cette aube au pastel jetée le long des riches avenues. Une arachide torréfiée corroie ta peau nue et moite. De la savane où à hauteur de paume, je caresse l'herbe à éléphant, s'embrase un soleil d'ivoire. Crinière flottante, tu te blottis à ma brûlure. Dors petite Afrique, dors encore. Longtemps, j'ai sillonné les rides de sable, ravins définitifs que mon doigt pistait sur les plissements du front. En voyageur solitaire, d'une pyramide nasale, j'ai appris le tombeau de tes respirations secrètes. L'ombre du désert, les dunes en croissant surlignant tes paupières closes. Mais surtout la colère du Nil et ses felouques à joue, les temps de crues.

Ici, l'hiver emprisonne les brumes glaciales. Triste Carthage, mes indigènes refusent toute pluie bienfaitrice. Celle qui pourtant nourrit le coeur des Hommes, la terre sacrée des ancêtres. Esclaves, ils ont des noires méduses  qui leur cachent l'offrande du ciel. Mais peut-être que l'indigo du tien vole à l'éclat des grands anneaux, la manganèse et l'or de Galam. A  la saison des pluies, c'est la kora des griots mandingues qui arpège le delta de tes yeux. En saison sèche, le sitar de Khamsin l'égyptien, dont le souffle barbare, capable d'allumer des brasiers au fond d'un murmure, consume tous tes maléfices. Dors Petite Afrique, dors encore. Avec tes rugissements de lionne.  Arraché de l'animal totémique, serpent scarifié et venin dans le dos, je m'abandonne un instant à ton génie protecteur. A celui qui se love en sifflant quand je promène ma virilité guerrière autour de tes hanches.
Au bal des Signares, reine mûlatre, tu m'as racontée l'île de Gorée. Pendant des mois, j'ai suivi une caravane fantôme. Les bijoux tatoués de ta nuque. La gorge du Zambeze, sauvage et profonde jusqu'à la chute de reins prévisible. Missionnaire Livingstone, j'explorais là, les jaillissements d'écume, la sueur de ton corps exsudant les cataractes avec l'esprit d'un guerrier Masaï. J'ai vaincu le bush, Kalahari, ses croûtes de sel dans l'ombre furtive d'un Rimbaud. J'ai vaincu le secret des femmes-girafe, celui des clans disparus,  les pygmées de la sylve équatoriale. Voyage initiatique, d'aucuns pensaient que j'avais le pouvoir d'être invisible. Pour toi, oui je l'étais. Tout comme le langage rituel des masques dogons, j'ai appris d'autres dialectes. Tes racines, tes mystères, les odeurs de souffrance, les cris du ventre.
Les omoplates, plateaux abyssins où mes doigts courrent sans cesse, n'ont rien d'un safari. Dors Petite Afrique, dors encore. Excisée, maraboutée par tant d'ensorceleurs, ta sauvagerie envoûtante ne charrie plus l'âme des tambours. Même si je les entends battre ce matin. Comme un chant d'espoir, un chant d'adieu.  Je me suis endormi à la pleine lune de ton nombril. Dans la syncope du djembé qui rythme le coeur, j'entends les battements du monde. Nombril de cornaline, de peinture et de sang mêlés, Petite Afrique, ton enfant à venir a déjà faim.

Combien de pistes encore, de steppes infinies, de montagnes et de plages où je m'épuise à te découvrir si belle? Combien de courbures, de galbes dans la mosaïque de ton corps offert? J'ai traversé Soweto, quelques huttes zoulous, la rebellion et l'injustice de tes rêves agités. Et soudain, dans le mouvement des yeux  qui s'entrouvrent, j'aperçois, face à la mer, ton cap de Bonne-Espérance.


par Jonavin publié dans : Les Coeurs Francs
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